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LE CHATEAU DE FOURCÈS
Dès le Xe siècle, une charte atteste à Fources l’existence d’une place-forte. Des livres terriers du XVIIe réevèlent par ailleurs la présence, au centre de la place du village, d’une motte, infrastructure vraisemblable d’un chateau primitif, ceinturee de fossés récemment mis à jour par des travaux de voirie.
On sait que le chateau, possédé par le roi dAngleterre dans la coseigneurie de Fourcès en sa qualité de duc dAquitaine, avait eté detruit à Ioccasion de la guerre dite de Saint-Sardos (1323-1327), prelude entre autres escarmouches franco-anglaises à la guerre de Cent ans.
Edouard III Plantagenet, qui l’avait recouvré, decidait en 1331 sa remise en etat et en organisait la garde. Le roi de France Charles VII, qui avait reconquis la Gascogne depuis trente cinq ans, donnait en1488 "commission d’abattre et démolir le chateau de Fources pour crime de felonie du co-seigneur du fief. Selon le cartulaire municipal de Condom, l’exécution de la sentence ne necessita pas moms de "cinq à six cens hommes à pié, armatz de balestes, pes de crabe et aultres ferramens?. De tels moyens laissent supposer un edifice de taille.
Faute dautres sources, lesprit et le style de larchitecture du chàteau actuel, implanté au Sud-Est du village et baigné par lAuzoue, incitent à concevoir sa construction dans les annees qui ont suivi cette demolition, sous le régne de Louis XII, sinon au debut de celui de Francois ler.
Le chàteau qu’un inventaire disait dejà tres "delabreé en 1771, s’offreà nous bien mutilé. II ne presente plus au Sud et à l’Est que deux ailes d’épaisseur inégale. Hors-oeuvre, une forte tour ronde garnit l’angle saillant formé au Sud-Ouest par leurs faces exteneures. En diagonale, au Nord-Ouest, à l’aisselle de l’équerre dessinee par les deux ailes, l’architecte a établi une autre tour, carree mais tout aussi robuste.
A juger de la continuité du parement de sa facade exteneure, l’aile orientale se prolongeait sans doute à l’origine jusqu’au "pourtau de la ville, au debouché du pont sur I’Auzoue. Des remaniements en ont trop denaturé l’extré mité pour l’affirmer.
Tout a disparu par contre de l’aile occidentale greffée en retour sur l’aile mé ridionale. Des arrachements, un pan de mur, des vestiges de fondations en trahissent cependant l’existence. On ne saurait prétendre pour autant qu’elle se développait parallélement et sur toute la longueur de l’aile orientale et qu’elle lui était raccordée pour enclore une basse-cour. Une expertise de 1758 qui évoque "le portail de la cour" et "le mur de ladite cour?, à proximité de la porte du village, peut néanmoins etayer cette hypothese. Cette disposition romprait avec la vieille pratique du plan massé perpétuée dans de grands chAteaux gersois comme Escugnac et Flamarens.
Préfiguration dun escalier droit, celui de Fources nest pas une moindre innovation. Logé dans la tour carrée, il distribue, de part et dautre dun solide noyau de pierre quadrangulaire, des volées de méme maté riau, réduites A deux marches larges et egales quil alterne avec autant de repos et de paliers. II mé nage laccés le plus aisé aux appartements dont il assure toute la circulation verticale et régit la distribution des pié ces qui se commandent presque toutes les unes les autres.
Le traitement des éIévations traduit aussi une recherche nouvelle, du moms ce quil en reste puisque, avec leurs parties hautes, elles ont perdu leur aspect initial. Dés 1614 et 1615, elles faisaient lobjet de réfection ou de remaniements comme lindiquent ces dates gravées sur le fronton triangulaire ponctué de boules des trois lucarnes mé ridionales. Le procésverbal dexpertise de 1758 dénoncait déja leur délabrement. Toutefois, Si ce document atteste lutilisation conjuguée de tuiles creuses pour les ailes et dardoises - bien insolites en cette province - pour le "pavilion de la tour carrée, il ne nous dit rien de la forme des toitures, de leur pente et de la maniere surtout dont les lucarnes, inusitées en Gascogne gersoise, sintégraient aux combles.
Lampleur du fenestrage, sa disposition des le rez-de-chaussée suré levé, est également un parti révolutionnaire pour une architecture castrale jusquici parcimonieuse de lumiere et moms préoccupée du plaisir des yeux que soucieuse de guette et de prévention du danger. La distribution des pleins et des vides ne ré pond plus aux seules nécessités fonctionnelles de la construction. Elle se plie à un rythme et cree une harmonie. Enfin, exprimée hier uniquement par touches breves sur des édihces beaux seulement de la hard iesse de leurs volumes et de la qualité de leur stéréotomie, lintention décorative est ici manifeste. Le recours au répertoire du gothique flamboyant, abondant. Gables sinueux, pinacles acé rés, moulures tourmentées, guirlandes feuillagées, culots historiés, appuis brodés de trilobes ou de soufflets et de mouchettes animent les baies et les rares cheminées survivantes.
Toute dé fiance nest pas exclue cependant. Aussi bien le miroir deau de la riviere peut-il protéger, les canonnieres qui percent chaque niveau de la tour ronde interdire ses abords immediats et, Si élégamment ourlé daccolades soit-ils, le machicoulis qul couronne la tour descalier nen dé fend pas moms son acces. Un appareil défensif som me toute trés discret, bien accommodé au caractere majeur de résidence et de plaisance de la demeure qui en fait un des rares spécimens gersois de lart de bAtir de 1extréme fin du XVe siécle ou des tous débuts du XVIc. J.-R. DUCOS
LE TERROIR DE FOURCES
ET SES DOUZE EGLISE
La commune de Fourcés, dans le canton de Montréal au nord-ouest du département du Gers, s’étend sur 2.372 hectares, A la limite du Lot-etGaronne au nord, des communes de Montréal et Larroque-sur-l’Osse sur les trois autres cotés. Ce territoire qui ne comporte aujourd’hui que deux églises, celle du village et ceile de Laspeyres, en a compté jusqu’a douze au Moyen-Age. C’est dire que le terroir fut de bonne heure tres peuplé. L’emplacement de ces églises nous est connu grace A des documents d’archives dont certains se trouvent A la maine de Fourcés : ce sont le cadastre du XIXe siécle et un Iivre terrier du XVIIe (sorte de cadastre sans plan), incomplet mais fort précieux. D’autres documents anciens se trouvent aux Archives départementales du Gers, en particulier un livre des "reconnaissances? du lieu (de 1511), et deux censiers ayant appartenu A la célébre famille Mercier, de Montréal. Ils sont datés respectivement de 1430 et 1511' Voici une rapide énumération des douze églises
Sur la rive gauche de lAuzoue, léglise Saint-Nicolas de SainteGemme. Cest sur le territoire de cette paroisse que fut fondé le village de Fourcés. Plus au nord, léglise Saint-Luperc du Sauboua qui appartint aux Bénédictins de Condom ; léglise Saint-Blaise de Sassiet; enfin Saint- Martin de Lanjau. Cette derniere fut donnée au monastere de Saint-Mont, en méme temps que celle de Romboeuf, des le XIe siecle.
Sur la rive droite de l’Auzoue se trouvaient les deux églises d’Urac, celle dédiée A Notre-Dame et une seconde dédiée A Saint-Gé rard ; l’église Saint-Jean de Céser ; celle de Saint-Jean de Camp-Grand. L’église de Laspeyres est appelée tantot Sainte-Quitterie, tant St Saint-Pierre, mais il s’agit probablement du méme édifice. En 1068, Bernard, seigneur de Fources, avait fait don A Cluny et au monastere de Saint-Mont, en Armagnac, de Notre-Dame de Romboeuf, ainsi que de I’église voisine de Saint-Martin de Ricau (plus tard appelée Saint-Martin de Lanjau). Bernard avait fait de Romboeuf une "sauvete?’ protégée par des croix, dit le texte; et c’est IA que s’établit un prieuré sous la dépendance du monastere clunysien de Saint-Mont. Au XVIe siecle, l’église de Romboeuf est dédiée A Saint-Catherine.
Les cadastres de Fources portent un lieu-dit "Glésia" tout proche d’un autre lieu-dit "Lestarguille" aux limites de la paroisse de Heux, dans la commune de Larroque. II s’agit tres probablement de l’emplacement d’une eglise depuis longtemps disparue, celle de Sainte-Marie d’Estarville. Au XIe siécle, elle avait fait l’objet d’une donation a l’abbaye Saint-Pierre de Condom par Fort-Bernard d’Estarville et son neveu, ainsi que par les trois freres Els, Garcie, Pierre et VitaL Els est aujourd’hui le hameau de Heux.
Léglise Saint-Laurent se dresse A 50 metres du village dont elle nest séparée que par lAuzoue ; elle etait donc hors les murs. Quoique tres ancienne, puisquelle comporte des éléments darchitecture romane, elle parait etre la derniére née manifestement, elle ne fut établie en ces heux que pour desservir la population du nouveau village, apres sa fondation sur le territoire paroissial de Sainte-Gemme, cest-a-dire a partir du XIe ou XIIe siecle. Peu A peu elle provoqua labandon de toutes les autres, hormis celle de Laspeyres.
La carte de Cassini, A la veille de la Révolution, porte encore plusieurs de ces églises, toutes celles de la rive gauche de I’Auzoue, A l’exception de Saint-Luperc de Sauboua et, sur la rive droite, celles de Romboeuf, de Laspeyres, Saint-Jean de Céser et l’une des deux églises d’Urac, la seconde ayant deja disparu; avaient également disparu Saint-Jean de Camp-Grand et, depuis fort longtemps, Notre-Dame d’Estarville.
Bien entendu, ces nombreux heux de culte ne s’expliquent que par une population éparse mais tres nombreuse, avant mème la fondation du village. Quant au réseau routier, il etait lui aussi extremement dense et certains chemins apparaissent tres anciens, en particulier celui de la rive gauche qui relie Saint-Martin, Saint-Luperc et Sainte-Gemme. On remarquera qu’il passe A quelque 250 metres A l’ouest du village, preuve manifeste de l’antériorité de cette route et de ces eglises sur l’agglomé ration de Fourcés.
REGARDS SUR LHISTOIRE DE FOURCES
AUX ORIGINES DE LA SEIGNEURIE
Si l’on en croit une affirmation de Daignan du Sendat, le domaine de Fources aurait été, au debut du Xe siecle, l’apanage d’un cadet de la Maison de Fezensac. Ceci parait assez peu probable puisque Fources fut toujours dans le diocese d’Agen (puis de Condom, A partir de 1317) et donc tres probablement dans la Lomagne primitive qui s’étendait sur le Condomois. D’ailleurs la premiere attestation certaine d’un seigneur du lieu date de 1068. Guilhem et sa femme Brachite, seigneurs de Fources, avaient un fils, Bernard, dont l’épouse, Asceline ou Azivelle, n’était autre que la fille du vicomte de Lomagne et la niéce du comte d’Armagnac Bernard Tumapaler. C’est dire l’importance du site, détenu par une famille puissante, sur les limites des deux comtés. Le titre de baron apparaitra plus tard dans les textes, mais il est possible que les seigneurs de Fourcés I’aient déjà possé dé à cette époque.
En 1068 donc, ainsi que nous l’avons dit plus haut, Bernard donne au monastére de Saint-Mont les églises N.-D. de Romboeuf et Saint-Martin de Ricau. La volonté de Bernard est qu’A Romboeuf s’installe un prieuré bé né dictin. Sous son autorité, dit le texte, il a des vassaux et des chevaliers, et plus tard sa veuve Azivelle se mariera en secondes noces avec le comte d’Armagnac Gé raud II. A ces faits, on mesure I’importance de la famille et de la terre de Fources. D’ailleurs, une centaine d’années plus tard, l’abbaye de Condom, A la tète de laquelle se trouvaient toujours des membres de grandés familIes féodales, eut comme abbé Pérégrin de Fourcés.
ENTRE LA FRANCE ET LANGLETERRE
En 1240, c’est Alpays, fille deJourdain IV, comte de I’Isle, qui unit sa destinée a un Fourcés du nom de Géraud. Vers ce moment-là intervient pour les seigneurs de Fourcés un événement considérable. Leur domaine, qui s’étend bien au dela du terroir actuel de Fources sur Larroque et plusieurs paroisses de la rive gauche de l’Osse, jusqu’a Beaumont, Lauraet et Lagraulet, est confisqué en partie par le comte de Toulouse, agissant au nom du roi de France. II ne restera plus aux seigneurs de Fourcés que les territoires actuels de Fources et Larroque-Fourcés (aujourd’hui Larroquesur-l’Osse), ainsi que la paroisse de Balarin.
A défaut de certitude, on peut formuler une hypothése A propos de cette confiscation. Aurait-elle sanctionné une trahison à Fources est en effet à la limite des possessions anglaises. En tout cas, c’est sur le territoire confisqué que jaillira la nouvelle bastide de MontréaI, fondée par la volonté du comte de Toulouse Alphonse de Poitiers ; et cela a partir de 1255.
Vingt-quatre ans plus tard, en 1279, le traité d’Amiens fait passer tout l’Agenais, et donc Montréal, et donc Fources, aux mains de l’Angleterre. Dans les années 1289-1293, le roi Edouard 1er se lie par un traité, que l’on appelle un paré age, avec le seigneur de Fourcés; il partagera desormis avec lui la seigneurie du lieu ; de plus, il accorde aux habitants des coutumes dont le texte malheureusement nous est inconnu. En 1324, Edouard II qui a peut-etre des doutes, écrit aux habitants de Fourcés pour s’assurer de leur fidélité, puis il annexe directement la ville a la couronne, tandis que Bertrand, le seigneur du lieu, est convoqué a la guerre d’Ecosse.
FOURCES DEFINITIVEMENT ACQUIS A LA FRANCE
Mais voila que dans la me me année, 1324, A la suite du conflit francoanglais dit Guerre de Saint-Sardos, A nouveau lAgenais, et avec lui Fourcés, reviennent A la France. En 1343, en raison de Iimportance stratégique de ces localités, Fourcés et Larroque sont directement rattachées au domaine royal, sur la demande des habitants eux-memes (la méme chose sétait produite pour Montreal deux ans plus t6t) ; et Fourcés re~oit du roi de France des lettres de sauvegarde, cest-A-dire Iengagement royal de défendre la ville en cas dattaque.
A partir de 1324, il ne semble pas que la ville ait changé de camp, du moms en droit, car dans cette période mouvementée de la guerre de Cent ans, elle a pu être occupée diverses fois par les Anglais et les Francais ; les textes cependant sont muets. Nous savons par contre qu’en 1352, Guillaume-Raymond et Jourdain de Fourcés, tous deux capitaines de Fourcés et de Larroque, guerroyaient aux côtés du roi de France ; de mème en 1369. L’année précédente, le roi de France s’était dessaisi de ses droits seigneunaux sur Fourcés en faveur de son allié le comte d’Armagnac, mais en 1370 Charles V confirma aux habitants la sauvegarde royale de 1343. En 1378, Thomelin de Fourcés accompagnait Duguesclm en Espagne.
Les deux decennies 1370-1390 sont pour Fources et sa voisine Montréal une bien triste période ; les deux localités sont en effet constamment tiraillées entre les deux puissances rivales. Dans le premier tiers du XV siécle, nous connaissons le nom des seigneurs du lieu, mais nous ignorons le role quils ont joué dans les événements qui precedent la fin de la guerre franco-anglaise. Ils sappellent Jean et Michelson fils, puis Hugues. Et cest encore un Hugues de Fources que désignent les textes en 1466. Maintenant la guerre de Cent Ans est terminée, depuis 1453, mais lheure approche ou la mainmise royale va sappesantir sur les anciens Etats dArmagnac, a partir de 1473.
DESTRUCTION, PUIS RECONSTRUCTION DU CHATEAU
Le 13 mai 1488, le roi Charles VII donnait "commission dabattre et demolir le chateau de Forces, pour crime de félonie.
Que s’était-iI passé? Pas plus qu’en 1255, on ne le sait pas. Ce qui est certain en tout cas, c’est que le chateau fut démoli de fond en comble par plus d’un millier d’hommes venus d’Agen et de Fimarcon. Voici en effet les réflexions d’un consul de Condom, contemporain de l’événement; elles sont traduites du gascon
"Quil soit mé morable aux gens daujourdhui et a venir, quen vertu de la commission royale, le chateau de Fources fut démoli et mis a terre par le commissaire désigné. Lequel amena les officiers dAgen et cinq ou six-cents hommes A pied, armés darbalétes, pieds-de-biche et autres instruments en fer ; et il en prit autant dans la seigneurie de Fimarcon. Dans cette ville de Condom, il prit et amena avec lui les officiers du roi et certains charpentiers; et la ville lui fit confectionner treize pieds-de-biche, et cela en raison des instructions contenues dans ladite commission
Ce chateau -comme nous le verrons plus loin-se trouvait alors sur la place circulaire, au centre du village. A ce moment-Ia, le seigneur de Fourcés était peut-etre Amanieu, fils de Hugues, qui sétait marié en 1467 avec Agnes de Montesquiou et que lon retrouve en 1484 comme capitaine du sire dAlbret.
En tout cas, la disgrâce ne fut pas de longue durée puisque, en mai 1491, Bertrand de Fourcés, peut-etre le fils du précédent, obtint du roi la restitution du tiers de Fources et de Larroque, c’est-a-dire probablement tout ce qu’il possé dait auparavant au titre du paréage. Aussitot Bertrand créa des foires a Fources, avec l’autorisation royale ; et il est probable qu’il entreprit sur la lancée la reconstruction du château ; qu’il édifia non plus au centre du village mais tout proche cependant, jouxtant le village et la riviére. Les documents de l’époque le montrent dans le proche entourage du sire d’Albret dont il est un des capitaines.
Durant le XVIC siecle, les "seigneurs et barons" de Fources s’appellent Guidon en 1511, Guiraud en 1515, Antoine etJacques en 1574. Ce dernier, en 1577, est propriétaire d’une maison a Vanves pres de Paris. II était désigné en 1593 comme "sergent de bataille de I’Ile-de-France et sergentmajor de la ville de Paris?. A partir de cette époque la seigneurie passa successivement aux Fources-Goalard, puis aux Moncassin, aux de Cous, aux Pardaillan-Bonas et enfin a la famille d’Aspe, dont le dernier représentant, Augustin-Charles-Louis d’Aspe, était président à mortier au Parlement de Toulouse. Il fut guillotiné le 6 juillet 1794.
LA NAISSANCE DU VILLAGE
Le charmant village de Fourcés ne cesse d’attirer par la beauté de ses constructions, l’originalité de sa structure autour d’une place circulaire; il ne cesse aussi d’intriguer l’historien : dans quel type d’agglomé ration fautil le classer? Et d’abord a quelle date le faire remonter? On a pané de "bastide ronde" de la fin du XIIIe siécle; d’autres, tel I’historien Cursente, y voient un bourg castral ou "castelnau" d’origine plus ancienne. Qu’en estil au juste
Les textes nous seront ici d’un grand secours. En 1068-1070, il est par deux fois question du castrum de Fourcés. De maniére habituelle, ce terme latin désigne tantôt le chateau seul, tant6t le village fortifié juxtaposé au chateau. Meme en nous en tenant au seul chateau, ou’ se trouvait celui mentionné par les textes du XIe siécle? L’emplacement du chateau actuel étant évidemment exclu pour les raisons que nous avons dites, on hesite encore entre deux possibilités.
Le cadastre du XVIIe siecle indique en effet une piece de pré, appelé A "la motte vieille", situé a 200-400 mé tres au nord du village. II était limité a I’est par I’Auzoue, au sud par le ruisseau du Pontic. Ce dernier ruisseau se jette aujourd’hui dans l’Auzoue immédiatement au nord du village.
C’est a la "motte vieille", selon toute vraisemblance, que se situait le premier chateau de Fourcés, sans doute donjon en bois, protégé par un méandre de l’Auzoue ou bien par la confluence du ruisseau du Pontic avec l’Auzoue.
Le me me cadastre du XVIIe siecle designe laplace circulaire au centre du village sous l’appellation cuneuse de "la motte". Plus de vingt maisons situées "dans la ville? confrontaient A "la motte", les unes du levant ou du midi, les autres du couchant ou du "septentrion?. Cette motte rappellait I’emplacement de l’ancien chateau démoli en 1488. Y avait-il Ia véritablement un "monticule" de terre ou tertre plus ou moms tronconique qui aurait été arasé depuis ? Ou désignait-on ainsi le soubassement d’un chateau en terrain plat, environné de fossés alimentés par l’Auzoue et le ruisseau du Pontic ? Nous pencherions plutôt pour la deuxieme hypothese parce qu elle se verifie également ailleurs.
Tout naturellement le village sest aggloméré autour du chateau, comme la région en fournit des exemples nombreux, ainsi a Larressingle, mais cette fois sur un site de hauteur. La naissance du village se situe probablement vers la fin du XIe siecle, au plus tard avant le début du XIIIe.
LES ENSEIGNEMENTS DU CADASTRE
Comme on vient de le voir, le cadastre du XVIIC siécle nous apporte des renseignements précieux sur les origines du village comme il nous en avait apporté sur les églises disparues.
Mais il nous renseigne aussi, bien évidemment, sur l’é tat des heux au moment ou’ il a été réalisé. Ainsi nous savons que vers l’année 1650, le village était non seulement entouré de remparts -dont subsistent de nombreux vestiges- mais aussi de fossés. Nous savons que la tour actuellement appelée de l’Horloge s’appelait "du Pourtau" (du Portail) ou encore "Porte-Neuve", et qu’elle était immédiatement accostee, au nord, par la rectorie ou presbytére et une maison appartenant au seigneur. Il est vraisemblable que la porte désignée sous le nom de Porte-Vieille par le censier de Mercier en 1430 se trouvait dans la direction opposée, c’est-Adire ouvrant sur le pont, A l’est.
Mais surtout Fources possédait dejà sa maine appelée a I’époque "Maison Commune" qui abritait une école pour l’instruction des enfants. Elle était située au nord de la place a I’emplacement de la maine actuelle ou tout a ceté.
Enfin nous apprenons qu’iI y avait encore a Fources au XVIIC siécle un hameau de "cagots" ou "capots". C’étaient les descendants des Iépreux qui étaient regroupés au Moyen-Age dans des endro its isolés pour se couper du reste de la population. Seules deux maisons subsistaient de ce hameau A deux kilométres A I’ouest du village ; encore n’est-il pas sur qu’elles fussent encore habitées. Gilbert LOUBES
"LA FAMILLE D’ASPE"
A la moitié du XVIIC siecle, Fources appartient aux d’Aspe (bourgeois originaires d’Ancizan, enrichis par le commerce) élevés grace a de riches alliances, s’illustrant dans la magistrature. En 1677 Iré nee d’Aspe, seigneur de Bernadet, juge mage au présidial d’Auch épouse Anne de Gestos de Floran veuve de François du Chemin baron de Lauraet et de Marrast. Apres la mort d’Anne, Iré née se remarie (1698) avec la jeune veuve de Renaud de Larroquau Pinement baron de Torrebren : dame Pétronille d’Hueglas. Le frere d’Irénée d’Aspe a les cures de Laveze et Torrebren.
Bernard d’Aspe succede à son pere dans la charge de président à mortier. II s’était marié avec Thérése Blondel qui Iui apporta en dot la somme énorme de 50000 Iivres ; le roi et la famille royale assiste rent au manage.
Jean Francis d’Aspe, fils de Bernard se marie à Bonas en 1751 avec J.-Marie d’Auxion de Vivent, fille de Jacques-Antoine de Pardailban Gondrin ; la jeune épouse avait pour dot le riche comté d’Arblade. Au manage assistaient Joseph d’Aspe, chanoine de Ste Marie d’Auch et un autre J. d’Aspe prieur de Flaran.
Le dernier seigneur de Fourcés, Augustin-Louis d’Aspe, né au Garros (prés d’Auch) en 1752 se destina d’abord A la carriere des armes: trés jeune, il est officier au "Dauphin Dragon". La mort de son pere l’oblige A lui succéder dans la magistrature, mais il ne peut siéger avant sa trentieme années (il emploie ses loisirs au gouvernement de ses biens) les habitants de Fources lui reprochent sa rigueur feodale, plusieurs incidents éclatent.
Président A mortier au Parlement de Toulouse, Louis dAspe vit la suppression de cette cour en 1788: il se retire dans ses terres du Garros. Mis en arrestation en floréal an II, incarcéré A Iarchevéché dAuch, transferé ensuite a Toulouse puis a Paris; aprés un jugement sommaire du tribunal révolutionnaire, il monta sur léchafaud avec 19 de ses collegues du Parlement de Toulouse.
Il avait epousé Marie de Gramont de St BarthéIémy; il en eut une fille qui fut mariée A M. de Monthel, ministre sous la Restauration.
Ainsi fi nit la seigneurie de Fourcés. Le village eut encore son heure de gloire, choisi comme chef lieu de canton lors de la formation du département du Gers ... mais fut trés vite supplanté par Montréal. P. ARAGON-LAUNET
LE VILLAGE
Loriginalité de Fources doit beaucoup a sa forme circulaire mais aussi a sa situation en bordure de IAuzoue, en une vallée attrayante et harmonieuse, une double rangée de peupliers centenaires Iui faisant une garde dhonneur digne de sa beauté.
La bastide était entourée par une enceinte semi-circulaire appuyée au cours de I’Auzoue ; quelques fragments de cette enceinte se retrouvent sur le pourtour du village qui a gardé son plan originel ; la porte ouest est intacte, dans une tour carrée aujourd’hui tour de l’horloge : cette tour est munie d’une archere en croix pattée et d’un passage sous voute en berceau brisé sans herse ni assomoir. Au sud de la tour, en haut du mur d’enceinte, une te?te d’homme en pierre se détache du bel appareil regulier : "un chevalier" nous dit la légende, qui veillait sur Fources et continue sa veille.
Un chemin courait au long de lenceinte, du chAteau au moulin les deux points dancrage du village aux rives de IAuzoue.
Les courtes mais excessives cole res de la nonchalante Auzoue avaient conduit les consuls, des le moyen-Age, A creuser un canal de dérivation a l’ouest de I’enceinte ; les mé faits du temps avaient effacé cet élément de protection ; le canal actuel ré cent a redonné a Fourcés sa qualité insulaire. Ce danger possible d’inondations avait contraint les habitants A s’établir au premier étage de leurs demeures, laissant le rez-de-chaussée a usage de granges ou celliers. Ces maisons A encorbellement entourent la place conformément A I’usage du pays, sur une rangée de galeries couvertes, excellente protection contre la pluie en hiver, le soleil en eté. Dans la construction initiale, la plupart de ces maisons étaient A colombages, reposant sur des piliers de bois. Au cours des siécles, la richesse aidant, certaines furent rebàties en pierre au XVIC et XVIIe siécle, les piliers également en pierre prenant plus d’importance, l’arcade ronde utilisée parfois. De nefastes restaurations du dé but du siecle ont rompu la belle harmonie de la place ronde mais elle n’en reste pas moms trés belle particulierement l’été lorsque l’ombre verte des platanes donne tout son eclat a la ronde ensoleillée des façades, la tour crénelée du chateau dominant la guirlande rose des toits.
La compréhension de la municipalité a doté le village d’une salle des fêtes en accord avec son originalité ; elle a été aménagée dans d’anciennes dépendances du chateau, éclairée par des fenètres à meneaux et garde une splendide charpente apparente.
Place des Corniéres, nous savons qu’une école fut édifiée en 1762 remplacant la plus ancienne detruite avant 1738; la qualité des maisons qui l’entourent confirme son importance dans le passé, importance du?e aussi au moulin, élément vital du village ; ce moulin fortifié A l’origine, conserve une trés belle salle des meules intacte. La place, toujours fleurie, est un cadre admirable pour les soirees the atrales d’Arébiscoula.
Le pont aux belles arches ogivales du XVe siécle était couvert d’un toit ; c’est la que se tenaient les assemblees consulaires : nous savons que "le 7 mars 1762 la jurade de Fources est réunie sous le couvert du pont de l’Auzoue ...?.
Léglise, hors de lenceinte, a eu le gros oeuvre reconstruit entre 1870 et 1875, remplacant léglise gothique. Le clocher dorigine est resté, carré presque parfait en appareil moyen régulier, une génoise soulignant la base de la fléche moderne trés aigile. P. ARAGON-LAUNET
LES ABORDS DE FOURCES
Limportance de la seigneurie de Fourcés et de la bastide est attestée par les maisons fortes qui lui font une ceinture de protection sur les collines environnantes : Pellehaut, Lagarde, Vertun, Lassalle.
Le premier habitat semble avoir eté un village lacustre comme en témoignent les entassements dajoncs trouvés en profondeur ; il ny a pas trace de gallo-romain sous le village mais des sites importants de cette époque se retrouvent dans la vallée de part et dautre de Fources : SteGemme, St Martin et, sur les collines A Corneillan et Laspeyres ou vestiges et toponymie en témoignent ; une église chrétienne sétablissant ensuite sur chacun de ces sites. A Ste Gemme ou la charrue découvre parfois des sarcophages mé rovingiens, le chrisme de Iéglise a été inclus dans un bAtiment du XVIII siécle.
Léglise Ste Quitterie de Laspeyres, considérée comme la plus ancienne de la région, est faite dun appareil régulier et possede un beau bapilstére roman et un éIégant retable du XVIIIC siecle ; Iéglise faisait partie dun ensemble dépendant du puissant monastére de Romboeuf; Si Romboeuf a été remanié, deux tours médiévales chambres fortes et granges du monastére restent encore a Iouest et au nord de léglise a Lassalle et Corazon.
"AREBISCOULA" (donner Un regain de vie)
Fourcés somnolait, revant à sa splendeur passée et était ignoré de tous. Arebiscoula, groupant les Fourcesiens et amis du village, I’a fait connaitre, I’a rem is en valeur, gratant des crépis, restaurant des colombages avec l’aide bénévole de groupes de jeunes, d’artisans et d’entrepreneurs ; certaines autorités préfectorales apportant une aide gé né reuse et efficace. Une animation a été créée séances théAtrales, folkioriques, bals gascons, toujours assurés du succes mais lagrande attraction est le marché aux fleurs du dernier dimanche d’avril ou’ la place devient un énorme bouquet de fleurs, chaque horticulteur rivalisant d’ingeniosite et de sens artistique les visiteurs se comptent par milliers. En juillet une foire à la brocante les ramene en la charmante cité.
"BET TEMS A (an temps pays)
Les maisons A colombages ont disparu à l’est de la place, remplacées par une longue bàtisse qui fut écurie, café, salle des fetes; restaurée en partie par les habitants et Arebiscoula, elle abrite une exposition d’instruments agricoles et mé nagers anciens, une cuisine gasconne, des costumes paysans petit musée qui s’enrichit chaque jour de ces temoins du passé qui nous deviennent toujours plus précieux. P. ARAGON-LAUNET
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